Forum Rock, Electro, Metal, Rap . . .


 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 L'Opéra de Quat'Sous de Bertolt Brecht

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Nathan
Animateur Musique
avatar

Masculin
Nombre de messages : 746
Date d'inscription : 03/09/2007

MessageSujet: L'Opéra de Quat'Sous de Bertolt Brecht   Dim 3 Fév - 21:36

Compte-rendu de lecture.

L’Opéra de Quat’Sous de Bertolt Brecht


En 1966, Jim Morrison, chanteur et poète du groupe culte qu’est The Doors témoigne son amour pour Brecht et la musique décadente de Kurt Weill, avec une reprise d’Alabama Song (Whiskey Bar), extrait de Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny. Cette pièce, écrite 2 ans après L’Opéra de Quat’Sous, développe les mêmes thèmes, c’est-à-dire une critique du capitalisme et une satire sociale.
En 1928, quand L’Opéra de Quat’Sous est publié et représenté, elle rencontre un franc succès, grâce aux caractères des personnages et aux accents de Jazz dans la musique de Weill, sur laquelle viennent se poser les paroles cyniques et caustiques de Brecht. L’Opéra de Quat’Sous apparaît comme le bilan de l’art théâtral de Brecht, l’apogée de sa carrière ; une œuvre engagée, drôle et cruelle.
La « recette » Brecht est ici aussi appliquée. C’est-à-dire qu’il use des méthodes habituelles et singulières, comme le recours à la musique, et l’importance de montrer que ses pièces ne sont que du théâtre, et non la réalité. Une sorte de critique amère du théâtre apparaît alors.



Brecht et la satire sociale


L’Opéra de Quat’Sous est avant tout un vaudeville, dont l’action se passe à Londres, dans le quartier de Soho où règne la misère. Deux types de personnages s’opposent. D’un côté, les escrocs, voleurs et canailles au service de Mackie-Le-Surineur, figure emblématique du bandit de grand chemin. De l’autre, les mendiants engagés par Peachum, clochard en chef du quartier, distribuant accessoires et moignons pour aider les vagabonds à émouvoir, attirer la pitié et ainsi gagner de l’argent. Pourtant, il s’avère que le héros est le traditionnel « méchant ». Mackie attire la sympathie, par son caractère. Il est digne et calme, le « seul gentleman de Londres », il se joue de la police et des menaces, bien qu’il n’ait aucune morale et n’hésite pas à tuer, voler ou incendier les demeures d’innocents. À l’inverse, Peachum apparaît comme antipathique ; strict et lâche, il ne cesse de geindre et d’ordonner au plus démunis que lui d’émouvoir. Il y a donc un inversement du manichéisme, le méchant devient le héros, le bon, avec qui le lecteur compatit et vit l’aventure, alors que le gentil, lui, devient le méprisable ritualiste, à cheval sur la loi et avide et, qui plus est, enfreint les lois sur lesquelles il s’appuie.
Entre ces deux personnages opposés naviguent des protagonistes secondaires, mais surtout Polly, fille de Peachum et amante de Mackie. Polly est l’élément qui déclenche l’intrigue. Elle est amoureuse de Mackie, et se marie. Ce qui provoque chez Peachum une haine et une volonté implacable de sauver sa fille, ou plutôt sa dignité et son image, des mains de ce brigand.
La critique naît alors. Déjà par l’inversion des rôles, le gentil et le méchant ne sont pas ceux qu’on attend. Brecht montre que la place sociale ne signifie rien. Et, pire encore, que le chef d’entreprise (Peachum en l’occurrence) n’est qu’un petit bourgeois méprisable, égoïste et avare. Alors que le brigand, Mackie, apparaît comme cultivé, digne, calme et possède les qualités du héros traditionnel, la force physique et la raison. C’est ici la première critique sociale que fait Bertolt Brecht. Une critique marxiste, totalement basé sur la lutte des classes. En effet, l’auteur allemand n’a jamais caché ses attirances pour le communisme, et n’hésite pas à les coucher sur le papier.
La deuxième critique est plus large. Elle se focalise moins sur la notion de classe, mais plus sur les institutions, la société en elle-même. Une critique avérée du système, en fait. En effet, le rôle de la police en est ici l’exemple parfait. L’inspecteur Brown et son adjoint Smith sont corrompus et n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts, et non ceux de la société. Notamment quand Mackie est enfermé, en attente de la potence. Smith lui offre sa libération contre mille livres. De plus, en ce qui concerne Brown, il est un ami proche de Mackie, ils ont fait la guerre des Indes ensemble et vivent une amitié parfaite. Pourtant, Brown devrait, dans son rôle de policier, arrêter Mackie pour meurtres et autres forfaits, ce qu’il ne fait à aucun moment volontairement. Il ne le fait que sous l’influence et suite à la persuasion de Peachum. Brecht critique donc l’égoïsme, et le fait que les protagonistes font passer leurs intérêts avant ceux de la société (une critique du capitalisme en filigrane, donc).
Cette critique de l’homme égoïste apparaît aussi dans les « songs » de la pièce, avec des titres comme : « Le chant de la Vanité de l’effort Humain » ou encore « La ballade de l’esclavage des Sens ».
Cette charge contre la société est accentuée par la scène finale de la pièce. En effet, Brown apparaît comme deus ex-machina et gracie Mackie, de la part de la Reine (la pièce ayant lieu autour du couronnement de celle-ci). Il est, en plus d’être gracié, anobli et doté d’une rente à vie. Cette chute inattendue (presque ridicule, mais cette chute n’a pas qu’un rôle de critique sociale, nous le verrons plus tard) montre le côté bancal du système. Les truands sont graciés sans raisons, par une reine qui intéresse moins que la pendaison de ce même brigand.
Brecht dénonce donc un système inégal, injuste et absurde, où tout est régulé selon le bon plaisir d’un monarque, où le pouvoir est centralisé.
L’Opéra de Quat’Sous s’inscrit donc dans une lignée engagée et marxiste, dénonçant avec frénésie les vices d’une société de consommation, égoïste et injuste.
Mais Brecht développe un concept qui lui est propre : sa vision du théâtre, avec le thème de la « distanciation ».

Brecht et l’illusion théâtrale


L’Opéra de Quat’Sous, en plus d’être une satire sociale, s’avère être un moyen pour Brecht de mettre en application sa vision du théâtre. Cette vision est ce qu’il appellera la « distanciation ». Bertolt Brecht a pour souhait de rompre l’illusion théâtrale. Il veut que le spectateur regarde son théâtre de manière extérieure, c’est-à-dire qu’il ne s’identifie pas aux personnages, qu’ils ne vivent pas les aventures. Le spectateur doit prendre du recul pendant la pièce, ce recul nécessaire à la réflexion. Pour empêcher le public de sombrer dans l’illusion théâtrale, Brecht a recours à plusieurs stratagèmes.
Tout d’abord, dans la pièce, la présence d’intermèdes musicaux, composés par Kurt Weill (compositeur emblématique du Berlin des années 30, exilé en Amérique où il aura un franc succès, à Broadway notamment) permet de « casser » l’intrigue. En effet, ces interludes agissent comme des pauses, et les textes souvent humoristiques ou sarcastiques forcent le spectateur à se détacher de la pièce en elle-même.
De plus, des pancartes annonçant ce qu’il va se passer lors des tableaux sont utilisées. Si le spectateur sait ce qu’il va advenir des personnages dans la scène, il peut alors e concentrer sur la signification profonde, le second sens de la pièce, en l’occurrence la critique sociale.
Au niveau des dialogues aussi, Brecht permet la distanciation, également appelée « Effet V » (de l’Allemand Verfremdungseffekt ). Il est effectivement commun qu’un des personnages s’adresse au public, plus ou moins directement, par l’intermédiaire de « voyez-vous », par exemple.
Pourtant, le style de la pièce est assez proche du langage commun et populaire. L’absence de versification, d’abord, rapproche les personnages des spectateurs. Mais cette absence de vers ne va pas à l’encontre de la distanciation, bien que la proximité avec le langage ordinaire soit paradoxale avec ce principe. En effet, pour Brecht, le théâtre ne doit pas sublimer le réel, il doit être didactique. La scène est un moyen de permettre au spectateur de prendre conscience d’une situation (comme dans La Résistible Ascension d'Arturo Ui, critique explicite de la montée d’Hitler et du nazisme en Allemagne, pays qu’il fuira par la suite, pour les Etats-Unis). Brecht ne voit donc pas le théâtre comme un art (bien que la dimension artistique soit réelle et importante, autant au niveau visuel, sonore –grâce au talent de Weill- et textuel) mais comme une sorte de tribunal, où le public est juré, et se doit de rendre la justice sur les personnages, se doit de critiquer ceux-ci et de les condamner ou de se ranger de leur côté.
Le théâtre devient alors un moyen d’expression politique. On pourrait penser que ce côté nuit à l’art en lui-même. Mais le génie de Brecht permet à ce théâtre politique d’être, en plus d’engagé, complet. C’est-à-dire que le côté « art » n’est à aucun moment mis de côté pour l’engagement. Les deux se mêlent parfaitement. Le style sec et franc de Brecht, doté d’un rythme précis et de nombreuses allitérations donne à la critique un côté décadent et artistique.
Brecht utilise donc le théâtre comme une tribune, un moyen d’expression avant tout. Le public devient une foule acclamant ou non les idées, ainsi que la mise en forme de celles-ci.
L’Opéra de Quat’Sous est donc une satire sociale, présentant un nouveau type de théâtre, un théâtre engagé et décadent, où la musique joue un rôle important. A noter que le titre et l’utilisation du terme « Opéra » montre, une fois de plus, la critique sociale (l’Opéra étant un divertissement bourgeois).
Cette pièce impressionne par son ambiance. L’impression de décadence, propre aux années 30, est tout à fait approprié à ce quartier de Soho, miséreux et mystérieux. Pourtant, le rythme est enlevé et l’intrigue donne un caractère humoristique, dans le sens sarcastique du terme. Tout est factice dans ce quartier, des mendiants aux brigands. C’est cette atmosphère sombre et artificielle qui confère à cet Opéra cette singularité. Brecht rend le utilise le réel pour dénoncer, et donne à celui-ci une teinte rare et unique. L’Opéra de Quat’Sous est une grande réussite, autant au niveau musical que littéraire, une pièce engagée ancrée dans son époque.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Fricorock

avatar

Nombre de messages : 1042
Date d'inscription : 27/12/2007

MessageSujet: Re: L'Opéra de Quat'Sous de Bertolt Brecht   Sam 10 Mai - 12:19

Je l'ai vu ya longtemps en Français. Je tenais à le dire. Et j'avais aimé , et on a le cd chez nous je tenais à le dire aussi.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
L'Opéra de Quat'Sous de Bertolt Brecht
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'Opéra de quat'sous
» L’Opéra de quat’sous
» Kurt Weill
» William S. Burroughs
» Championnats internationaux de course de sous-marins 2009

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum Rock, Electro, Metal, Rap . . . :: À Contre Courant :: Loisirs / Activités diverses :: Livres / BD-
Sauter vers: